Absinthe
L’ambassadrice de la fée verte aux 700 bouteilles
Chez elle, à Boveresse, Diane Tripet, ambassadrice du Pays de l’absinthe, a réuni une collection de plus de 700 bouteilles d’absinthes du monde entier. « L’absinthologue », mot qu’elle a inventé, souhaite représenter la diversité planétaire d’un produit devenu sa passion.
Des États-Unis et du Mexique à l’Italie, de l’Espagne au Japon, en passant par le Portugal, Andorre, la France et évidemment la Suisse et le Val-de-Travers. Contempler la collection d’absinthes de Diane Tripet, c’est faire un tour du monde en plus de 700 bouteilles de fée verte. « Pour plus de 50 pour cent, elles sont, je ne devrais pas le dire, un peu dégueulasses », avoue Diane Tripet, avec le franc-parler que le microcosme de l’absinthe lui connaît. En effet, certains des breuvages nommés « absinthe » de sa collection arborent des couleurs quelque peu étranges, du vert intense au bleu clair. « La moitié de ces absinthes, c’est du ‹ kitsch › », rigole-t-elle. De belles bouteilles « sans être top » dedans.
D’ailleurs, celle qui a été nommée ambassadrice du Pays de l’absinthe, il y a bientôt sept ans, reconnaît préférer déguster des fées vertes du Vallon ou alors, de France voisine. « Ils (ndlr : les Français) ont désormais de beaux produits, mais toujours avec des notes différentes de ce que l’on fait ici », relève Diane Tripet, qui a été déjà plus d’une quinzaine de fois membre du jury des Absinthiades de Pontarlier. L’objectif de cette collection pour la passionnée d’absinthe : mettre en valeur la diversité d’interprétation et de création autour du produit mythique.
Révélation à l’arrivée à Boveresse
Sur les étagères du « caveau » de Diane Tripet, il y a quelques perles, comme cette bouteille d’absinthe Pernod & fils, avec la mention « Couvet et Pontarlier », mais aussi avec celle du lieu de production : Tarragone en Espagne. Pour l’experte, le flacon doit dater des années 50 ou 60. Également, il y a les bouteilles des distillateurs actuels du Vallon, ainsi qu’une absinthe en boîte de conserve. « Un distillateur a créé cela pour l’exportation en Afrique », note-t-elle. Cette collection, Diane Tripet l’a débutée en 2004, l’année du vote de la levée de l’interdiction, et la constitue patiemment depuis, avec des échanges et achats de bouteilles lors de différentes manifestations mondiales autour de l’absinthe. Le réseau de l’absinthologue est aussi utile, ses amis lui rapportant des bouteilles après des voyages, par exemple. « Mais, j’ai eu aussi l’opportunité de racheter des collections », ajoute-t-elle, en citant cette fois où en renchérissant, elle en a glané 250 supplémentaires. En plus des flacons, la collection de Diane Tripet est riche aussi d’affiches, d’étiquettes, de cuillères ou d’anciens verres.
« Absinthologue », un mot que Diane Tripet a imaginé elle-même et une qualification que personne du monde de la fée verte ne lui retirerait, tant elle est intarissable sur l’absinthe et son histoire. Pourtant, Diane Tripet n’a connu sa révélation avec la fée verte qu’il y a quarante ans. En 1987, celle qui s’appelle encore Nicolas devient administrateur communal de Boveresse et découvre rapidement le breuvage bleuté. « C’est mon président de commune, Edmond Jean-Richard, qui m’a fait déguster une absinthe pour la première fois », se souvient Diane Tripet. « J’ai tout de suite aimé ». Celle qui a grandi à La Chaux-de-Fonds ne découvrira que plus tard qu’en réalité, elle possède des liens avec le Vallon : son grand-père maternel y étant né. Depuis cette première gorgée, la passion de l’absinthe n’a cessé de croître.
Transmettre le virus
Encore sous l’identité de Nicolas Tripet, elle collabore avec un autre président de Boveresse, Nicolas Giger, à créer la fête de l’absinthe en 1998. « La passion est aussi venue de cette collaboration », relève Diane Tripet. En cette fin de siècle dernier, alors que la fée verte est encore prohibée, Diane s’essaye même, avec roublardise, à l’exportation de bouteilles de la mythique boisson. Pour une amie américaine, elle invente des étiquettes nommant le produit « Aroma Therapy » et qui passeront même comme huile de massage à la douane, le tout envoyé par la poste de Couvet. « Bon, je pense qu’ils savaient ce que s’était véritablement. Mais le chef de l’office était lui-même un clandestin », rigole-t-elle. Car, il n’y a sûrement que peu de petites histoires liées à la bleue que ne connaisse pas Diane Tripet, membre aussi du comité d’Absinthe en fête. D’ailleurs, au média en ligne Watson, en reportage lors de la dernière édition de la manifestation, Romain Wanner, président du comité d’organisation avait dit : « il faut absolument que vous alliez voir Diane ».
En effet, « la fée Diane », comme beaucoup la surnomment, est devenue une fine connaisseuse du passé et du présent de la boisson née au Vallon. « J’aime transmettre le virus de l’absinthe aux gens », plaisante-t-elle, en ajoutant recevoir plusieurs groupes, souvent étrangers, par année pour visiter sa collection. Parfois, l’ambassadrice doit aussi démystifier le divin breuvage. De plus, celle qui aime aussi composer et chanter met à profit chacun de ses déplacements musicaux pour faire découvrir le produit vallonnier. « J’ai quasiment fait tous les bistrots de Paris pour leur présenter l’absinthe », lance-t-elle, en soulignant que certains, désormais, proposent de l’absinthe du Val-de-Travers. Finalement, alors qu’il est temps de passer à « l’apéro », quelle est l’absinthe préférée de l’absinthologue ? « Celles du Vallon sont toutes bonnes, mais j’aime bien la mienne », relève-t-elle. Une recette qu’elle tient d’un ancien distillateur, preuve de confiance, et qu’elle fait distiller chez un ami. Et pour sa collection, l’absinthologue a-t-elle un objectif chiffré ? « Je m’arrêterai quand je n’aurai plus de place », ironise Diane Tripet, en ayant toutefois un souhait, que sa collection lui survive.
Gabriel Risold





De gauche à droite : John Amos (Unia comité des retraités), Jean-Michel Erard (Être grands-parents aujourd’hui), Claude-Alain Kleiner (Avivo), Michèle Berger-Wildhaber (anc. conseillère aux États) et Renaud Tripet (Fédération NE des retraités)
Vickie Alves, Kiara et Lucile Philipona