MADI, Maison de l’Industrie
Une machine pour redonner vie aux anciennes bobines Dubied
C’est l’histoire d’une machine. L’élément manquant à la chaîne de production Dubied que tente patiemment de reconstituer la Maison de l’Industrie (MADI), à Couvet. C’est surtout l’histoire d’un homme, Daniel Huguenin-Dumittan, président de l’association, qui n’hésite pas à traverser la Suisse pour rapatrier ces morceaux de notre patrimoine. Rencontre avec un passionné bien décidé à rendre à sa région ce qu’elle lui a donné.
Cette nouvelle machine, une bobineuse des années 1970, ce n’est pas juste « une machine ». C’est ce qui permettra, enfin, d’utiliser les anciens fils de la Dubied.
Exactement. On en a plein les armoires mais jusqu’ici, c’était impossible de les utiliser sur nos anciennes machines Dubied restaurées. C’est du coton du siècle passé, il est devenu sec et cassant. Sur une machine automatique, dès que le fil casse, tout s’arrête.
Comment cette bobineuse va-t-elle permettre d’utiliser les anciens stocks ?
Elle rembobine les anciennes pelotes sur un cône, à environ 500 tours par minute. Au passage, elle les enduit de paraffine. C’est un peu comme du fart sur les skis. Le fil glisse mieux et casse moins facilement. Jusqu’ici, on achetait du fil récent. Pour la première fois, on va pouvoir utiliser les anciens fils de Dubied, avec des couleurs uniques. C’est le chaînon qui manquait à notre ligne de production.
Dénicher ces vieilles machines, ça doit être toute une aventure !
Et comment (rires) ! En allant chercher une grosse Dubied dans le Lötschental, j’ai rencontré une dame qui m’a mis en relation avec le propriétaire de cette bobineuse, près du Liechtenstein. Il avait 92 ans et cessait son activité dans la confection pour enfants. Une telle machine, ça vaut entre 5000 et 8000 francs neuve. Je l’ai négociée 300 francs. J’ai démonté le haut, je l’ai glissée dans mon bus – 800 kg quand même ! – et la voilà.
C’est là que les anciens mécaniciens tricoteurs de la Dubied entrent en scène…
On les remet toujours en fonction avec eux. Et c’est très émouvant. Ils découvrent la machine et disent « Ah… je ne sais plus comment ça marche ». Mais en quelques minutes, les gestes reviennent. Pour celle-ci, on a surtout nettoyé et changé une courroie. Et ça fonctionnait.
Mais ces hommes ne seront pas toujours là. Un jour, il ne restera plus que les machines…
C’est pour ça que nous avons à cœur de transmettre ces savoirs. On organise des sessions pour apprendre aux enfants à tricoter sur des machines manuelles. Et on espère poursuivre dans les écoles.
D’où vient votre attachement au patrimoine Dubied ?
Je suis né à Couvet et j’ai travaillé un temps chez Dubied pendant mes études. Je viens d’une famille de commerçants qui avait peu de moyens. Si j’ai pu faire des études supérieures, c’est grâce à une bourse des collectivités publiques. Mon investissement dans la MADI, c’est surtout une manière de restituer à cette région tout ce qu’elle m’a donné.
Esther Freiburghaus




© Pierre Antoniotti


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