Expo photos à espaceVal
De Kaboul à Couvet, l’exil à hauteur d’ados
Ils sont 23. Vingt-trois jeunes requérants d’asile à poser sur les photos exposées en ce moment à espaceVal. Fuyant la guerre, la dictature, la faim, ils sont arrivés au centre d’accueil pour requérants mineurs de Couvet où commence pour eux une nouvelle vie. Nous les avons rencontrés.
« J’ai quitté l’Afghanistan en 2022, à 14 ans. Parce que je n’avais pas de liberté là-bas. J’ai laissé ma mère, c’est tout ce qu’il me restait depuis la mort de mon père. Et je suis parti. » Pakistan, Iran, Turquie, Bulgarie, Croatie, Bosnie, Italie… un périple de plusieurs mois qui le conduit à la frontière suisse. « C’est là que j’ai appris le décès de ma maman… »
C’est l’histoire de Zarbat, « mineur non accompagné », MNA, comme les appelle l’administration. Une histoire tissée de drames et de résilience, qui fait écho à celles des cinquante autres jeunes exilés accueillis, comme lui, au centre d’accueil pour requérants mineurs de Couvet. Une grosse bâtisse derrière la Dubied, de l’autre côté des rails, où ils réapprennent à vivre, découvrent le français et cette curieuse Suisse, si éloignée de leurs repères.
Des jeunes comme les autres
Ils viennent d’Afghanistan, d’Ukraine ou du Soudan et c’est leur quotidien que raconte l’exposition photographique présentée à espaceVal jusqu’au 25 octobre.
« On voulait montrer que ce sont des jeunes comme les autres », confie leur éducatrice, Aurélie Abboud. Sur les clichés format XL disséminés dans le hall du centre sportif, ils jouent au foot, boxent, étudient, cuisinent. De courts textes présentent leurs loisirs et leurs espoirs. Certains vont encore à l’école, d’autres sont en préapprentissage. « Ils restent jusqu’à 18 ou 20 ans. Jusqu’à ce qu’ils soient prêts à louer un appartement. »
Mubariz n’a pas hésité longtemps avant de prendre la pose. Dans un français fluide, après seulement
deux ans d’apprentissage, il affirme : « Je veux me présenter aux gens d’ici ».
Ici, les femmes sont tellement libres
À travers leur regard, c’est notre image qui se reflète. Cette Suisse, si différente, avec ses forêts – « On n’en a pas en Afghanistan » – son respect – « Ici, tout le monde se dit bonjour » – et son fromage – « Je n’aime pas. En Afghanistan, le fromage ressemble à du yaourt ».
Mais ce sont les femmes, cheveux au vent, qui ont le plus « choqué » Nasratullah. « Elles sont tellement libres ici. » Les yeux se baissent. « J’ai trois sœurs qui sont restées en Afghanistan. Elles n’ont plus le droit d’aller à l’école. Plus le droit de sortir. » Le rejoindre ? « Les femmes n’ont même pas de papier d’identité… »
Comme Nasratullah, Zarbat n’a qu’un but. S’ancrer ici. « La Suisse m’a offert l’accueil, la nourriture, des études. Je dois lui rendre ce qu’elle m’a donné. Je vais travailler ici et créer une entreprise. »
Et l’enracinement commence doucement. Il sourit : « J’ai une petite amie à Fleurier ». Et une vie pleine de promesses. « En Afghanistan, mes yeux étaient fermés. La Suisse les a ouverts. »
Esther Freiburghaus
Le Courrier en images
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Durant quatre jours, Max Hugelshofer, Sylvie Kropf, Alexandra Rozkosny et Lukas Ziegler ont pris leurs quartiers à l’hôtel de l’Aigle à Couvet». (de g. à d.)
© Mathieu Hofner