Fête du sel à Buttes
Ripailles médiévales… et rebelles
La Fête du sel vivait, samedi dernier, sa 35e édition. Une journée suspendue dans un autre temps, celui des contrebandiers du sel, des ripailles arrosées et des sangliers rôtis. Avec un arrière-goût de rébellion cher à notre vallée.
Faille spatio-temporelle
Oyez, oyez, bonnes gens ! L’heure du sel a sonné. À l’abri de la route cantonale et de ses voitures bruyantes, la bourgade de Buttes a basculé, samedi dernier, dans une autre dimension temporelle. Nous sommes en l’an 1000… et quelques centaines de poussières.
Gueux et nobles ripaillent pour fêter le retour des valeureux faux-saulniers, ces contrebandiers du sel qui ont défié la taxe pour ramener la précieuse denrée, déjouant la surveillance des gabelous du roi de France et la redoutable vouivre, ce dragon-serpent qui hante les légendes régionales.
La fête est somptueuse. Hydromel et cervoise coulent à flots. Musique, danses, combats d’épée et spectacles de rue saluent le retour des courageux, alors qu’artisans et marchands allèchent le chaland. Car le sel d’alors, c’est beaucoup plus que le sel d’aujourd’hui.
Le frigo d’autrefois
« On l’appelait l’or blanc. Il servait à conserver les aliments. C’était le frigo de l’époque », explique Valérie Masi, membre du comité. « Notre sel venait de Salins, en Franche-Comté, il fallait l’extraire, c’était coûteux et le roi imposait de lourdes taxes, la gabelle. Les gens pauvres avaient beaucoup de peine à en obtenir, donc à conserver leurs aliments.
Ce qui pouvait provoquer des famines. »
De là à considérer ces contrebandiers comme des Robins des Bois… C’est en tous les cas cet héritage que la Fête du sel célèbre chaque année, reconstituant le long de sa Vy-Saulnier (voie du sel) l’ambiance d’une bourgade médiévale.
Une époque sans écran
« C’est une période qui connaît un regain d’intérêt. Le Moyen Âge, c’est un univers sans natel, sans écran. Et ça permet de se souvenir d’où l’on vient, quelle est notre histoire. On appartient à un village, à une région, à des traditions. »
Il est midi. Un fumet emplit l’air. Le sanglier est prêt. Deux solides gaillards de plus de 20 kg rôtissent sous l’œil attentif de Laurent Bach. « On a pris des jeunes, c’est moins fort en goût. Ils ont été tirés en Alsace… mais par un chasseur de La Brévine ! C’était un mets de choix à l’époque, même s’ils élevaient déjà des cochons. »
Le festin est lancé et les festivités ne s’arrêteront que tard dans la nuit, pour la première fois cette année, 35e édition oblige.
« On est des rebelles »
Le Vallon et la rébellion ? Toute une histoire ! « On est quand même une petite vallée qui est de travers par rapport à toute la Suisse et… je ne sais pas, on a cet esprit contradictoire », rit Valérie Masi. « On est tous des filles et des fils des faux-saulniers. Les contrebandiers de l’absinthe, la Fête des fontaines,… Ici, les habitants ont toujours nargué l’autorité. Alors oui, je crois qu’on est vraiment des rebelles. »
Esther Freiburghaus







