Une maman inquiète
Dans notre région, certains trajets ne sont plus anodins. La gare. La rue. Le retour chez soi. Ce ne sont pas les distances qui pèsent, mais ce qui s’y glisse : des regards insistants, des paroles qui blessent, des présences qui inquiètent. Le harcèlement est devenu familier, presque invisible tant il se répète. À force, on finit par croire que cela fait partie du paysage. Alors on s’adapte.
On change d’itinéraire. On serre ses clés dans la main. On apprend à marcher plus vite, à regarder ailleurs, à se taire. Mais pourquoi devrait-on apprendre à avoir peur pour simplement circuler librement ?
Ce qui inquiète le plus, ce n’est pas seulement le harcèlement. C’est le silence qui l’entoure. Les regards qui se détournent. L’idée que ce serait « comme ça », que ce ne serait pas si grave, que ce ne serait pas notre affaire. Pourtant, ce n’est pas une affaire individuelle. C’est un problème collectif. Un problème de sécurité, de dignité, de respect.
Je m’inquiète pour celles et ceux qui n’osent plus prendre le train sereinement. Je m’inquiète pour les plus jeunes qui intègrent trop tôt la peur comme une habitude. Je m’inquiète pour une région qui s’habitue à l’inacceptable. Parler de harcèlement, ce n’est pas exagérer. C’est refuser de banaliser ce qui abîme. C’est refuser que l’indifférence devienne une norme.
Cette lettre n’est pas une accusation, mais un appel. Un appel à reconnaître ce qui se passe réellement dans nos rues et nos gares. Un appel aux institutions, aux transports, aux élus, mais aussi à chacun de nous.
Parce que le harcèlement prospère toujours là où le silence règne. Et parce qu’une région où l’on se sent en insécurité n’est jamais une fatalité.
Refuser le harcèlement, c’est choisir de ne plus se taire.
Anne Gerber, Les Verrières





