Pension Beauregard
Avec cette expo, vous allez avoir Néandertal dans la peau !
« Néandertal au Val-de-Travers. La fouille de tous les possibles » est une exposition temporaire proposée par le Musée régional du Val-de-Travers (MRVT) à la Pension Beauregard de Fleurier. Visible jusqu’au 2 novembre, elle offre plusieurs temps forts et prend le temps d’explorer le… temps. Ou plutôt le passé puisqu’il s’agit de s’intéresser au passé paléolithique de la grotte des Plaints, à Couvet. Des fouilles y sont menées depuis 2021 par l’Office de l’archéologie cantonale de Neuchâtel. Mardi soir, l’archéozoologue Jean-Christophe Castel a tenté de faire parler les ossements en partageant ses premiers enseignements avec le public. Alors, Néandertal était-il un tant soit peu Vallonnier ?
Tibia de lièvre, mandibule de renard et de marmotte, os de pied de cerf ou encore restes de squelette d’ours : il fallait un peu de courage pour entrer dans la « grotte de Beauregard » le temps de cette visite aux côté de l’archéozoologue Jean-Christophe Castel.
Comment ? Vous ne savez pas ce que fait un archéozoologue ? Je comprends. Il vous explique : « Je suis spécialiste des ossements d’animaux. Je les analyse pour essayer de comprendre ce qui s’est passé à l’époque dans un endroit donné. » Cet endroit, c’est la grotte des Plaints cette fois-ci.
L’ours : un animal de fantasmes populaires
Son intérêt, en plus d’être au Vallon, est de se situer dans une région de montagnes. « La présence de Néandertal a beaucoup été étudiée dans les régions de plaine, notamment en Asie de l’ouest. Il y chassait le renne, le bison ou le bouquetin par exemple. On y a donc forcément retrouvé de nombreux ossements de ce type d’animaux. » Quel est l’intérêt de faire des fouilles dans les montagnes, en Suisse, si de nombreuses découvertes ont déjà été réalisées à son sujet ? « Car on y trouve des choses différentes que partout ailleurs. La présence avérée de l’ours est quelque chose qui a nourri énormément de fantasmes. Le culte de la chasse à l’ours avait la dent dure dans l’imaginaire collectif mais on s’y est attaqué sérieusement et on a réussi à le décomposer avec notre travail de recherche. »
Et les os finissent par « parler » !
Bien, c’est intéressant mais
comment parvient-on concrètement à faire parler des ossements, en les retrouvant des paquets d’années plus tard ? « L’examen de la couleur de l’os retrouvé, son état d’érosion, la présence d’impact ou de fissure nous donnent notamment des éléments de réponse. Il faut ensuite identifier les causes responsables de sa transformation. Une fois qu’on s’aperçoit que ce tibia d’ours a été mordu par un carnivore (il pointe son doigt en direction de l’os en question), il faut procéder à une analyse morphologique pour tenter de comprendre comment c’est arrivé ! »
Pourquoi, pourquoi, pourquoi… ?
Dans le cas du travail de fouille entrepris à la grotte des Plaints, Jean-Christophe Castel et l’Office de l’archéologie cantonale de Neuchâtel ont ainsi dû commencer par une analyse détaillée des ossements récoltés. La forme des entailles correspond-elle au taillage du silex typique de Néandertal ou à un autre type d’outils qui détachait la chair d’un animal pour la manger ? Ou peut-être n’est-ce que le résultat de frottements prolongés ? Et ces traces noires sur les os, viennent-elles d’une combustion en foyer ? L’explication est toute trouvée… mais alors pourquoi ne retrouve-t-on que quelques ossements avec ce type de traces dans un échantillon de plusieurs centaines d’éléments ? Toutes ces questions n’ont pas encore forcément trouvé de réponses. Vous voilà plongé en plein cœur d’une des grandes réalités de l’archéozoologie : la patience ! « On devrait fouiller jusqu’en 2028, on a encore un peu de temps pour trouver des réponses et vous les faire connaître. » En chair et en os on suppose ?
Kevin Vaucher