Mobilité pour tous
À Couvet, l’association internationale des personnes handicapées globe-trotters AIHG assemble des sièges monte-escaliers
Depuis dix ans, l’association AIHG occupe des locaux sur le site Dubied où elle assemble des chaises électroniques pour monter et descendre les escaliers, destinées aux personnes à mobilité réduite. Rencontre avec son fondateur et inventeur de cet ingénieux appareil.
Si, dans des aéroports, vous avez déjà assisté à l’embarquement ou au débarquement de personnes handicapées et que celles-ci étaient sanglées sur une chaise spéciale pour franchir les escaliers de la rampe, il s’agissait probablement d’un modèle Globetrotter 200 conçu par Jean Reimann. Cet inventeur et ingénieur en mécanique genevois a créé, en 2002, l’association internationale des personnes handicapées globe-trotters (AIHG) afin de rendre accessibles les lieux publics et privés avec escaliers aux personnes à mobilité réduite.
Dès 2015, l’association occupe des locaux sur le site Dubied à Couvet où elle construit, grâce à l’aide de ses bénévoles, ces chaises électroniques permettant de franchir tous les types d’escaliers. « Je recherchais des plus grands locaux à Genève, mais les loyers étaient trop élevés. À Neuchâtel, le service de l’économie m’a orienté vers le Val-de-Travers », explique Jean Reimann qui partage désormais son temps entre Genève et le Vallon. À Couvet, c’est ainsi une petite trentaine de sièges monte-escaliers qui sont assemblés chaque année par une équipe de cinq à huit personnes. « Nous nous réunissons pour le montage selon les disponibilités », précise celui qui est vice-président de l’AIHG.
Plusieurs prix reçus
Cette chaise monte-escaliers est l’invention de Jean Reimann et sa conception remonte à la fin des années 1980 et au début des années 1990. L’origine de l’idée, pour l’ingénieur ayant précédemment travaillé au CERN et chez Piaget, remonte lorsqu’il voit des pompiers porter, à travers des escaliers, une personnes handicapée à Genève. « Ils m’ont appris qu’aucune machine n’existait », relate l’inventeur. Alors qu’il travaillait à d’autres projets au sein de sa société Aluweld SA, tel un diable avec assistance, Jean Reimann décide de plancher sur ce siège dans son garage à Genève. « L’enjeu social était plus important », relève-t-il.
Depuis le dessin, il faudra deux ans d’essais, ainsi que l’aide financière de sa mère qui hypothèque sa maison, pour arriver au premier prototype basé sur l’association de six roues rotatives (trois de chaque côté) pour franchir tous types d’escaliers. Prototype qui a été essayé, avec succès, par les équipes de Swissair à Genève. L’invention a aussi été distinguée par un Award Rolex Enterprise, une médaille d’or au salon des technologies nouvelles de Genève, le prix du Design à Soleure ou encore le prix Crédit Suisse de la recherche appliquée.
Plusieurs clients aéronautiques
La dernière version de la machine ne pèse que 49 kg avec ses batteries, peut soutenir 150 kg et a une autonomie pouvant franchir 4000 marches. « J’ai même fait les 1789 marches de la tour Eiffel avec 120 kg sur le siège », lance l’inventeur. Sa largeur adaptée aux couloirs d’avion fait que le secteur aéronautique fut très intéressé par la machine. Plusieurs compagnies aériennes, comme Swissair à l’époque, Iberia ou Royal Air Maroc, et des aéroports européens figurent parmi les clients de Jean Reimann. « Ce modèle équipait les Concordes », relate-t-il, en soulignant que son invention est démontable et tient « dans le coffre d’une Smart ».
De prime abord, on pourrait penser que cet ingénieux concept est une réussite commerciale, mais Jean Reimann reconnaît que non, son coût et sa robustesse étant des obstacles, car, à moyen et long terme, seules les roues et les batteries sont à remplacer. Son invention s’est toujours plus adressée à des sociétés ou des institutions. « Le plus important c’est d’attirer l’attention sur l’accès des lieux aux personnes à mobilité réduite. Plus de 10 millions d’entre elles voyagent en avion chaque année », rappelle-t-il. Dans un contexte où plusieurs lois visent à garantir la mobilité des personnes handicapées, l’invention de Jean Reimann est toujours d’actualité.
Gabriel Risold



Sarah Fuchs-Rota lors de son allocution. 



