École Jean-Jacques Rousseau
Alerter sur la violence domestique via une exposition
La semaine dernière, les élèves de 10e et 11e années du Cercle scolaire du Val-de-Travers ont parcouru l’exposition interactive « Plus fort que la violence », qui renseigne et alerte sur la violence domestique. Le Courrier du Val-de-Travers hebdo a été convié à suivre une classe dans sa découverte.
« C’est un labyrinthe », s’étonne un élève en entrant dans la salle de réunion, L-117, du collège de Longereuse. En effet, la salle habituelle des présentations est devenue, durant une semaine, la réplique miniature d’un appartement avec entrée, salon, cuisine, chambre d’enfant, d’ado, des parents et salle de bains, dans le cadre de l’exposition « Plus fort que la violence », présentée aux élèves de 10e et 11e années de l’École Jean-Jacques Rousseau, tout au long de la semaine dernière.
L’objectif est, selon les deux intervenantes de la séance d’une heure et demie que nous avons suivie, Gabriela Py de l’Office cantonal de la politique familiale et de l’égalité (OCPFE), et Jessica Hurtlin de la police Judiciaire, d’aborder les tenants et aboutissants de la violence domestique, ses conséquences, de donner les indications pour obtenir de l’aide et, aussi d’oser briser le silence face à ces situations.
Plusieurs pièces pour un large problème
Répartis en petits groupes, les élèves tournent entre chacune des pièces de cet appartement fictif. Dans chacune de celui-ci, des témoignages fictifs des membres de la famille, mais inspirés de faits réels. À la cuisine, monsieur dit son mal-être face à sa situation professionnelle compliquée. Madame relate son agacement face à l’inactivité de son époux. La tension, symbolisée par une cocotte-minute, ne peut finir que par monter. Sur la table à manger, presse-agrumes, marteau avec l’inscription « impôts » et une bouteille, finissent la symbolisation des facteurs qui peuvent participer aux tensions.
Dans la chambre à coucher maritale, une image décrit le cercle de la violence : lune de miel, montée des tensions, explosion de la violence et excuses. « Mais, généralement, jamais la première violence est directement physique », précise Gabriela Py au groupe d’élèves qui semble comprendre. Idem, dans la chambre d’enfant, où est expliqué le schéma de reproduction de la violence. Un enfant grandissant dans un environnement familial violent pourrait reproduire le schéma. « Il est important de trouver de l’aide pour briser ce cycle de reproduction », explique la collaboratrice de l’OCPFE. La salle de bains alerte sur le fait de signaler les blessures dues aux comportements violents et les associations à disposition pour venir en aide aux victimes de violences, comme le Service d’aide aux victimes (SAVI).
Des chiffres marquants
La pièce probablement la plus intéressante est celle de l’adolescente. Assis sur le lit, les élèves, manettes « stop » en main, doivent interrompre, au moment qu’ils jugent problématique, une conversation sentimentale via des messages entre une ado et un garçon qui va déraper. Là, l’attitude de chacun et chacune diffère. Les filles appuyant plus promptement que les garçons. « Par rapport à l’envoi de photos, vous faites comment ? », demande Jessica Hurtlin. La réponse des élèves est claire : pas de « cliché gênant ». La policière leur recommande de « réfléchir deux secondes » avant d’envoyer quelque chose. Surtout, elle conseille de s’assurer du consentement de l’autre afin d’éviter toute situation litigieuse. Les deux intervenantes en conviennent, la chambre d’ado est celle qui produit le plus de réactions et réflexions. « Cela fait référence à leur réalité », expliquent-elles. Toutefois, Gabriela Py remarque qu’un des endroits qui marquent le plus les élèves est « l’entrée », là où sont exposés des chiffres liés à la violence domestique.
Dans le monde, toutes les 90 minutes, huit femmes sont tuées par un partenaire ou un ex-partenaire. « C’est un féminicide, non ? », demande une élève. Ce à quoi Gabriela Py répond par l’affirmative. En Suisse en 2020, 28 personnes sont décédées en raison de la violence domestique. En 2019, une femme sur cinq allait être maltraitée physiquement sexuellement dans sa vie de couple. Des chiffres édifiants qui ont marqué les élèves. Comme l’a noté Gabriela Py, parfois un coup de sonnette chez les voisins en entendant une dispute peut sauver des vies. À la question pourquoi ne pas partir ? Les élèves trouvent eux-mêmes les réponses : incertitudes financières, enfants, représailles. « Il y a mille et une raisons pour ne pas partir, il ne faut pas juger, mais il faut se souvenir qu’il y a des aides à disposition », conclut Gabriela Py. Donner les codes pour reconnaître la violence domestique, les bonnes attitudes à adopter pour y répondre et simplement prendre conscience du phénomène, voilà ce qu’offrait l’exposition qui, semble-t-il, a fait réfléchir les participants.
Gabriel Risold


Quand les élèves ne sont pas d’accord avec le déroulement de l’histoire, ils montent sur scène pour interpréter eux-mêmes brièvement un rôle afin de la changer. 
© Kevin Vaucher

