espaceVal : 25 ans
Le long chemin de croix du Centre sportif régional
Ce samedi, espaceVal, anciennement le Centre sportif du Val-de-Travers, célèbre ses 25 ans lors d’une grande journée de portes ouvertes. Or, la création, en 2001, d’un centre sportif dans la région fut le fruit d’un long processus de plus de 25 ans de tractations, négociations et votations. Retour sur ce long historique au travers des archives du Courrier du Val-de-Travers hebdo.
Un quart de siècle, c’est un honorable âge qu’espaceVal, avant nommé Centre sportif du Val-de-Travers, fêtera ce samedi 31 octobre. Pour les plus jeunes générations, ce centre tient presque de l’évidence. Comment une région de plus de 12’000 habitants ne peut avoir de piscine couverte, avec un ensemble de salles de gym, d’espace fitness ou wellness. S’ajoute désormais à cela une auberge de jeunesse. Pourtant, il fut un temps où le Vallon a débattu longuement, s’est parfois écharpé, a milité pour et patiemment voté au sujet du Centre sportif régional (CSR). Qui plus est, le Val-de-Travers l’a fait alors qu’il venait de vivre, à la fin des années 1980, la chute de l’entreprise Dubied, et alors qu’il voyait les premières idées d’alliance entre communes vallonnières s’exprimer. Le récit, peut-être d’une résilience, en faveur d’un projet porteur pour toute une région.
Dans son édition du 13 septembre 2001 (soit cinq jours après l’inauguration du 8 septembre), le Courrier du Val-de-Travers hebdo (Courrier VdT) publiait un « historique » du projet en 35 étapes réalisé par la secrétaire du Syndicat intercommunal du Centre sportif et aussi secrétaire de l’Association Région Val-de-Travers (ARVT), Christelle Melly. Cette dernière faisait débuter les prémices de la réalisation à l’année 1987 avec les premières réflexions et études de la commune de Couvet pour la création d’un Centre sportif. À partir de janvier 1990, des discussions entre les autorités covassonnes et le Conseil d’État ont lieu pour une réalisation d’une infrastructure commune pour le centre sportif et le centre cantonal de la protection civile (PC). En effet, depuis quelques années, l’État cherche à construire un centre PC au Vallon. C’est aussi en cette même année 1990 que le comité de l’ARVT décide de créer une commission pour étudier la réalisation d’un Centre sportif régional (CSR). Celle-ci, après consultation des onze communes de la région, deviendra effective au début 1992.
ARVT : moteur fédérateur
Après deux années de diverses études, deux concours d’architecture, la
commission régionale organise une exposition itinérante et 22 soirées d’information dans les communes du Vallon, entre novembre et décembre 1994. Une période durant laquelle l’action de l’ARVT fut très importante, selon Yves Fatton, à l’époque conseiller général à Buttes. « L’association régionale était un élément fédérateur, une plateforme de discussion et d’échange, pour les communes afin de faire naître des idées au-delà de nos contradictions », se rappelle celui qui sera, quelques années plus tard, conseiller communal butteran et membre du Syndicat intercommunal du CSR. « Le chemin fut long, mais l’ARVT a permis de changer notre perception du développement régional avec un projet porteur », ajoute-t-il, en soulignant les démarches de l’association régionale pour obtenir des prêts LIM (loi sur l’aide fédérale aux investissements dans les régions de montagne).
La fin 1994 et l’année 1995 sont jalonnées par les prononcements des législatifs des communes de la région au projet du CSR et l’adhésion au syndicat intercommunal en question. C’est chose faite en décembre 1994 à Couvet, en mars 1995 à Noiraigue et aux Bayards. Dans sa rubrique « actualités vallonnières » de son édition du 27 avril 1995, le Courrier VdT titre : « Quatre oui au Centre sportif », en référence au résultat des conseils généraux de Saint-Sulpice, Buttes, Fleurier et de La Côte-aux-Fées. Dans cette même édition, notre hebdomadaire annonce le vote prochain de Môtiers.
Le projet du CSR semble sur des rails, or c’est sans compter sur le groupe socialiste de Fleurier. Le 4 mai, notre hebdomadaire titre « Centre sportif : référendum des socialistes fleurisans ». Ce référendum est suivi en juin par un autre lancé par des citoyens aux Verrières, puis par un troisième en août à La Côte-aux-Fées.
Un Vallon qui « s’enflamme »
La période de cette fin d’été et début d’automne 1995 est mouvementée. Notre ex-collègue, Claire-Lise Frossard, l’exprime magnifiquement. « Le Vallon s’enflamme. Un groupe de soutien, constitué de centaines de personnes, se forme ; des ‹lettres ouvertes › affluent au Courrier », écrit-elle dans son rappel historique le 22 octobre 1998 à l’occasion de la pose de la première pierre du CSR. En effet, c’est toute une partie de la population du Val-de-Travers qui part en bataille pour son centre. Dans sa rubrique « actualités vallonnières » de son édition du 21 septembre, le Courrier VdT indique une grande « mobilisation pour le Centre sportif ». Le Conseil communal de La Côte-aux-Fées réitère, via une missive aux habitants, son soutien au projet. Dans cette même édition, le comité de soutien a fait encarter un tout-ménage à l’intention des Fleurisans et il annonce une marche populaire de Fleurier à Couvet en faveur du centre.
Le 28 septembre 1995, le Courrier VdT titre sur la Une : « Plus de 500 personnes en marche pour le Centre sportif ». En commentaire, on peut lire : « Le chef du département de l’instruction publique Jean Guinand, le conseiller communal de Neuchâtel Jean-Pierre Authier, des membres des autorités cantonales et communales, des sportifs, des jeunes et beaucoup d’enfants ont marché, […], pour que naisse le Centre sportif régional. » Quelques jours plus tard, les urnes parlaient et notre édition du 5 octobre titrait : « Trois fois oui pour le Centre sportif. Pandore (ndlr : nom du projet d’architecture retenu) peut sortir de sa boîte ! ». La population de La Côte-aux-Fées approuvait le CSR par 141 oui contre 129 non, celle des Verrières par 162 voix pour et 141 contre. À Fleurier, 873 voix acceptaient le CSR contre 401.
Convaincre les Neuchâtelois
Ces succès régionaux dans les urnes acquis, le chemin de croix du CSR n’en était encore pas à son terme. Le 21 novembre 1995 marque la constitution du Syndicat intercommunal du Centre sportif du Val-de-Travers, tandis que l’année 1996 sera celle des débats au Grand Conseil autour du Centre sportif et de la construction du Centre cantonal de la PC et du feu. Le législatif cantonal donne son feu vert le 24 juin. En août et septembre, un comité de soutien, présidé par le conseiller national Claude Frey, organise une vaste campagne d’information et d’affichage dans les autres districts du canton et ce à bord du vénérable Vapeur Val-de-Travers. Enfin, le 22 septembre, le peuple neuchâtelois accepte avec 60% de oui la construction du projet.
Dans son édition du 22 octobre 1998, notre hebdomadaire peut titrer, « La première pierre du Centre sportif régional a été posée ce matin », et Claire-Lise Frossard de relever, « Après l’hôpital du Val-de-Travers, le Centre sportif du Vallon s’inscrit comme le plus important projet régional de cette fin de 20e siècle ». Projet comme le souligne notre ex-collègue, dont la dépense globale s’élève à 28 millions de francs (dont plus de 17 millions de francs de subvention cantonale). Pour le découvrir, les Vallonniers devront attendre un peu moins de trois ans et une inauguration reportée de quelques mois. Néanmoins, le samedi 8 septembre, le CSR était officiellement inauguré et le Courrier VdT, dans son édition du jeudi suivant, titrait : « Inauguration grandiose à Couvet ». Une réalisation qui n’aura rien eu du long fleuve tranquille.
Gabriel Risold
Yann Klauser : « il serait difficile de l’effacer de la région »
Courrier du Val-de-Travers (Courrier VdT) : Yann Klauser (YK), que représentait l’ouverture du Centre sportif pour la région en 2001 ?
(YK) : Premièrement, à titre personnel, c’était une sacrée expérience. Lors d’un week-end de ski, en montant en téléski d’ailleurs, Christelle Melly, alors secrétaire de l’association région Val-de-Travers (ARVT), m’avait suggéré de postuler au nouveau poste de directeur. Et, alors que je venais du milieu de la restauration, j’ai été choisi et nommé à la tête de ce grand navire encore en construction. Étant donné que j’avais fait l’École hôtelière et que je travaillais sur le Littoral, je n’avais pas vécu les débuts et la mise en place du projet. Donc il a fallu imaginer un fonctionnement avec trois propriétaires (la commune de Couvet, le Syndicat intercommunal et l’État) n’ayant pas forcément les mêmes objectifs et sensibilités et recruter des collaborateurs pour le centre. En plus, j’officiais aussi comme directeur de l’Office du tourisme, ainsi c’était très intense. Mais j’ai toujours aimé ma région et pouvoir apporter ma contribution était gratifiant et intéressant. À titre plus global, la fréquentation, dès le départ, fut importante, car le centre répondait à des demandes, notamment la piscine et les salles de gym. Également, nous avons su attirer, assez rapidement, des camps et divers événements. Cependant, comme tout grand projet de cette ampleur, les objectifs prévus se confrontent à la réalité du terrain. En exemple la piste d’athlétisme, des clubs de gymnastique nous avaient dit être intéressés, alors qu’elle ne fut que peu utilisée les premières années. Également, le terrain de football : si beau que les équipes avaient, presque, peur de jouer dessus.
Courrier VdT : Le chemin a été long jusqu’à la création du Centre sportif, et des mésaventures de dernières minutes sont, même, venues retarder l’ouverture et l’inauguration, n’est-ce pas ?
(YK) : En effet, des grosses péripéties se sont déroulées lors d’un test de la piscine. C’était lors du congé pascal de 2001. Lors du remplissage, des fuites sont apparues, alors que le béton utilisé doit, normalement se colmater avec l’eau. Là, ce n’était pas le cas et les fuites commençaient à mouiller les parquets en bois des salles de gym. Bref, dans l’urgence, et comme aucun expert n’était joignable en cette période de congé, la décision a été d’activer les pompes de relevage pour vider les bassins. Mais, mauvaise manipulation ou erreur, les pompes ont été coupées et l’eau a inondé le sous-sol. C’était un départ d’exploitation compliqué et retardé.
Courrier VdT : Vous avez été à la tête du Centre sportif durant 10 ans, aujourd’hui vous êtes conseiller communal de Val-de-Travers, est-ce que l’on pourrait imaginer le Val-de-Travers sans un espaceVal, aujourd’hui ?
(YK) : Aujourd’hui, je pense qu’il serait difficile de l’effacer de la région. Il a plus que sa raison d’être vu les événements et le nombre d’activités qu’il accueille. Néanmoins, si cela était à refaire, je pense que l’on opérerait différemment. Avec peut-être plus de brainstorming auprès des clubs sportifs de la région ou une meilleure desserte de transport, dès le départ. Mais cela est ma perception d’aujourd’hui et non celle d’il y a vingt-cinq ans.
Propos recueillis par Gabriel Risold





Sara Roulin, fière de sa 3e place !