Elephant Man joué au théâtre des Mascarons
Quelle personnalité se cache derrière un visage ?
À Londres en 1884, Joseph (John) Merrick est considéré telle une bête de foire tant ses difformités physiques sont incroyables. Le docteur Treves va lui redonner la force de vivre et de changer le regard que les gens portent sur lui.
La pièce, jouée samedi dernier aux Mascarons à Môtiers par le collectif « Les Mécaniques Invisibles », a été adaptée et écrite par Antoine Chalard. « Évidemment, la destinée de l’homme éléphant fut injuste, violente et cruelle », confesse l’auteur. « Cependant, elle fut aussi riche, exceptionnelle et remplie d’amour. J’ai voulu raconter ce qu’il a reçu et donné ! »
Les dialogues, mis en lumière par l’alchimie entre paroles et silences, ont passionné la soixantaine de spectateurs si proches de la scène. La pièce intimiste a trouvé un écrin parfait pour s’épanouir pleinement et marquer les esprits. « Comment une femme aussi belle a-t-elle pu engendrer un monstre tel que moi ? Peut-être est-ce parce que la nature est double et qu’elle a besoin de contraires ? » Voici un questionnement qui interpelle et offre, à la réflexion, un terrain propice à la remise en question.
Raymond Devos a fait une courte apparition lors d’un révélateur échange entre John et le docteur Treves. « Merci docteur de m’avoir sauvé. » « La guérison prend du temps, il faut être patient. » « Je suis le patient patient. Voulez-vous être mon ami ? » « L’amitié demande de la patience pour éclore. » « Êtes-vous patient docteur ? » « Oui » « Alors vous devez avoir beaucoup d’amis ! » La tête baissée du praticien et les quelques secondes de silence sont l’aveu d’une grande solitude. Contrairement à lui, John est très entouré bien que, pour certains dont Bytes qui l’a exhibé, c’est de façon très intéressée.
Introspections et prises de conscience
Au fil de l’histoire, les protagonistes évoluent et leurs échanges vont ébranler la vision qu’ils ont d’eux-mêmes. Si le patient apprécie l’attention grandissante de son entourage, il lui offre une écoute, sans critique, qui bouleverse chacun de manière différente.
Il est évident que sa maladie n’a jamais altéré son jugement, ni son intelligence. À noter que l’unique réfractaire restera toujours Bytes qui veut récupérer son gagne-pain !
Durant sa vie, Joseph Merrick répétera, régulièrement face aux voyeurs : « Je ne suis pas un éléphant ! Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain ! Je suis un homme. »
L’auteur glissera, subtilement, la phrase suivante dans la bouche du « monstre » : « Le théâtre, c’est un miroir brandi à la face des hommes et, tout à coup, tout devient clair ! »
Lorsque vous vous regardez dans la glace, vous souriez-vous ?
Jean-Marc Montandon





L’instrument important : le gril

