Énergies renouvelables intermittentes et flexibilité
Au début de l’été, les clients d’un installateur de panneaux photovoltaïques ont reçu un courrier leur annonçant le lancement d’un nouveau programme : « Flexibilité PV ».
En résumé, il permet à l’installateur de réduire occasionnellement et automatiquement la quantité d’électricité que l’installation solaire injecte sur le réseau. Cela se produira principalement en milieu de journée lors des périodes de forte production.
Ce principe de flexibilité n’est pas sans rappeler le très surprenant arrêt du Tribunal fédéral rendu en mars 2021 pour le parc éolien de Sainte-Croix. Pour mémoire, les sages de Mont-Repos avaient notamment écrit : « Les installations d’énergie éolienne offrent en effet la flexibilité de production dans le temps et en fonction des besoins du marché et contribuent de manière significative à la sécurité de l’approvisionnement en permettant de charger ou de décharger le réseau selon les besoins ».
Plus de cinq ans plus tard, il faut toujours se pincer pour croire une telle ineptie ! L’extrait précité démontre en effet que des juges censés s’être informés avant de rendre leur jugement ne savent pas ce qu’est une source d’énergie aléatoire et ce qu’est une source d’énergie pilotable. Ainsi, ils se sont basés sur la définition de la flexibilité d’une source pilotable pour l’appliquer à l’éolien qui, par principe, est non prévisible et donc non pilotable.
Pour illustrer cela, prenons l’exemple de la production d’énergie pilotable du complexe hydroélectrique de Cleuson-Dixence. Elle est pilotable car il suffit aux opérateurs d’ouvrir le « robinet » pour envoyer l’eau dans la conduite forcée aboutissant aux turbines de l’usine de Bieudron. Pour interrompre le processus, il suffit de fermer le « robinet ». Cela fonctionne donc à volonté et dans les deux sens ! En revanche, en raison de leur intermittence, cela ne fonctionne pas ainsi pour l’éolien et le solaire : l’homme ne peut pas contrôler la vitesse du vent car il n’y a pas de vanne pour régler la puissance du vent entrant à la demande, comme il y en a dans les centrales hydroélectriques de lac pour régler la puissance de l’eau entrant dans la turbine. De plus, les jours sans vent, comme les jours de tempête, la production est nulle ! La problématique est identique pour l’énergie photovoltaïque qui ne produit rien la nuit et de manière fluctuante lorsque la nébulosité cache le soleil. Les lois de la physique sont, elles, inflexibles !
Alain Stoller, Ipsach


