Environnement
Sécheresse et chaleur : des forêts résilientes
Alors que depuis plusieurs mois les vagues de chaleur se succèdent, les forêts souffrent. État des lieux au Val-de-Travers avec Aimeric Hofmann, chef du Service communal des forêts et Ulysse Perrelet, garde forestier.
Fin juillet, MétéoSuisse annonçait sur son site internet une sécheresse « exceptionnelle » en Europe et en Suisse. Quelques semaines auparavant, l’office fédéral constatait plusieurs vagues de canicule avec parfois des températures records dans certaines régions du pays. Des conditions climatiques qui mettent à rude épreuve les forêts. « Un manque d’eau plus des fortes chaleurs, c’est malheureusement la combinaison parfaite pour un dépérissement avancé », explique Aimeric Hofmann, chef du Service des forêts de Val-de-Travers et garde forestier pour les territoires de Noiraigue, Travers, Môtiers, Couvet et Fleurier.
Celui qui est chef de service depuis le début de l’année relève surtout que c’est le manque d’eau qui est problématique pour l’instant. Son collègue, pour les secteurs de Buttes, Saint-Sulpice et Les Bayards, confirme le stress hydrique de la végétation. « Deux ou trois orages sur les crêtes, cela n’est pas assez de précipitations », précise Ulysse Perrelet. Surtout qu’avec un printemps très sec, il n’y a pas de réserve, selon les deux gardes forestiers. « Avec ces températures de plus de 35 degrés depuis le mois de juin, les arbres ont besoin de tirer plus d’eau dans le sol », détaille Aimeric Hofmann. Lui et ses collègues suivent presque « au jour le jour » l’évolution des forêts de la région et constatent tout de même une certaine résilience. « L’état dépend des secteurs et des essences », ajoute Ulysse Perrelet. « Le hêtre est très touché par la sécheresse comme les feuillus, alors que les résineux semblent moins affaiblis pour l’instant ». Toutefois, les deux gardes forestiers notent que le sapin s’en sort mieux que l’épicéa.
« Sommet de la tolérance »
Ce constat de bonne résistance des forêts vaut surtout pour les arbres « âgés », ayant « un tissu racinaire profond », tandis que cette période de sécheresse est problématique pour les jeunes spécimens. « Le dépérissement touche surtout les jeunes arbres aux racines moins développées », poursuit Aimeric Hofmann, avouant avoir constaté de nombreux arbustes totalement secs et donc certainement perdus. « Et ces jeunes arbres, c’est l’avenir de la forêt », relève-t-il, avec émotion. L’avenir forestier au Val-de-Travers verra, c’est certain pour les deux gardes forestier, l’implantation de nouvelles essences.
Depuis 2024, le Service des forêts mène le projet pilote ReGEAInération qui vise à implanter le chêne dans les forêts du Vallon. « Il y a de bons résultats et même les jeunes pousses semblent bien s’accommoder de ces températures », précise le chef de service. Son collègue, Ulysse Perrelet, ajoute que l’évolution se fait aussi naturellement avec l’arrivée de différentes essences, comme le tilleul, qui théoriquement résisteront mieux à la hausse des températures et au stress hydrique. « Nos forêts s’adaptent et résistent car elles se composent de plusieurs étages de végétation et de différentes expositions », continue-t-il. Toutefois, la période exceptionnelle actuelle exige un monitorage très élevé et rien ne dit que la résilience perdure si cette sécheresse devait se poursuivre. « J’ai le sentiment que l’on est au sommet de la tolérance », indique Aimeric Hofmann. Et Ulysse Perrelet d’ajouter : « La forêt est énormément résiliente jusqu’au moment où elle ne résiste plus ».
Peu de bostryche : note positive
Dans cette situation des forêts, presque sur un fil, un élément surprend « positivement » les deux gardes forestiers : le bostryche. « Avec ces fortes chaleurs, nous craignions qu’il pullule, or nous avons pour l’instant uniquement découvert quelques foyers », détaille Aimeric Hofmann. Comme le précise son collègue Ulysse Perrelet, l’insecte se manifeste souvent à la mi-juillet, mais cette année aucune large propagation ne fut constatée. « La nature surprend toujours », estime-t-il. Quelques coupes sanitaires seront à effectuer prochainement, et la vigilance demeure.
Un autre aspect est surveillé par le Service des forêts, celui de la sécurité des usagers. Le chef de Service explique que pour l’instant il n’y a eu que quelques interventions localisées. « Nous suivons cela chaque semaine et prêts à fermer des tronçons de chemin en cas de danger », poursuit-il. La condamnation récente d’un garde forestier fribourgeois lié à la chute d’un arbre ayant causé des blessures à une promeneuse reste dans les têtes. D’ailleurs, les deux gardes forestiers appellent toujours à une certaine prudence de la population, notamment pour respecter les indications et les balisages. Également, ils exhortent les gens à ne pas faire de feu et ce même si l’endroit semble sécurisé. « Le substrat est tellement sec qu’une étincelle suffirait pour provoquer un départ de feu, ce qui serait catastrophique », indique Aimeric Hofmann. En cette reprise, les deux gardes forestiers n’ont qu’un souhait : la pluie.
Gabriel Risold







