Art Môtiers – Le village des Follexs
La Fée verte sous tous les angles
Que s’est-il passé le 24 février 1906 à Nyon qui a causé d’importantes répercutions dans tout le Val-de-Travers ? Un indice ? Le jugement et la condamnation de Jean Lanfray ainsi que celle de l’absinthe. C’est en se basant sur l’histoire de ce Français que Léa Katharina Meier a inventé le conte : le village des Follexs.
Mercredi 29 juillet. Dans un univers à l’envers se côtoient des fées, des personnages cruels et tous les êtres dont vous avez entendu parler dans des histoires ou des contes. Ils y coulent des rivières de vin, de bière, d’absinthe et autres alcools. À bien y regarder, c’est juste là, derrière nous dans nos délires au peurs profondes.
Le récit, inspiré par la figure équivoque de la Fée verte oscillant entre ultra féminité sexualisée et représentation antiféministe diabolisée, interroge le rapport collectif de notre société au mythe et à l’alcool.
La première partie, agrémentée de musiques et voix susurrantes concoctées par Joell Nicolas, a dépeint ce cosmos, visible sur une fresque réalisée sur la baie vitrée de la maison de l’absinthe. Lors de la seconde, l’auteure s’est muée en une comédienne haute en couleurs bien que vêtue entièrement de vert. Ces invectives et autres remarques parfaitement détaillées ont provoqué des réflexions et remis quelques églises au milieu des villages du canton de Vaud. La cible recherchée a donc été atteinte par plusieurs flèches. Elle s’est aussi aventurée, avec justesse, à démontrer qu’une colère citoyenne ne peut obtenir gain de cause qu’avec l’intervention des divers groupements qui reprennent à leur compte un tragique événement pour en retirer les marrons du feu sans se brûler.
Le 28 août 1905 à Communy (VD), Jean Lanfray abat se femme et ses deux fillettes avec un fusil militaire avant d’échouer dans la tentative de suicide. À cette époque, le vin tentait de repousser les assauts croissants de la bleue et les producteurs viticoles grinçaient des dents bien que 300 millions de litres de vin étaient éclusés en Suisse par année contre 1 seul d’absinthe. 48’053 femmes se sont justement mobilisées pour signer une pétition, seule arme à leur portée étant donné leur interdiction de voter, et 34’423 hommes leur ont emboité la main pour signer.
Les vignerons vaudois ont déployé une ardeur sans faille pour épauler les nombreuses associations de tempérance pour mettre la Fée verte à terre. Pas de « Röstigraben » après ce triple féminicide, les producteurs de schnaps manœuvrant politiquement pour terrasser la bête.
C’était il y a 121 ans et qu’est-ce qui a changé fondamentalement ? C’est sur cette interrogation cachée que s’est terminé la narration d’un conte très actuel concernant les innombrables dérives de la société.
Jean-Marc Montandon







RVT-Historique le long du lac de Bienne le 24.04.2026, avec l’île Saint-Pierre à l’arrière-plan
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