Art Môtiers – La Corne de brume
Lorsque tu sors de mer, tu ne sais jamais
Dimanche 19 juillet, un chalutier imaginaire, la Corne de brume, a vogué près du parc Girardier, à Môtiers. À son bord, outre l’équipage formé de Lotte et Silure, une trentaine de matelots ont participé à une pêche aux sons. Le pont du navire, d’une génération hyper moderne, est formé d’une corde qui définit le bord tout en se déformant à volonté pour garder les occupants au sec. C’est un spectacle burlesque avec Emilie qui saute sur les fontaines ou les bacs à fleurs et Gérald qui tient la barre tout en remorquant les participants.
La pêche aux sons
L’équipement indispensable pour cette sortie en mer n’est ni un ciré ni même une paire de bottes. Il s’agit d’un casque audio qui restitue les dialogues des chasseurs ainsi que les sons capturés.
Tel le capitaine Achab traquant Moby Dick, Lotte et Silure utilisent divers modes d’enregistrement pour tenter de débusquer LE son. À l’affût, ils jettent leurs micros ou les installent avec une grande précision sur des objets du mobilier urbain afin d’en stocker les vibrations. À l’aide de la technologie que Gérald, ingénieur du son, maîtrise parfaitement bien, des extraits d’émissions passées viennent égayer la narration. Que dire du pétage de plomb de Lotte qui, convaincue d’être à portée du Graal, entend une intelligence artificielle lui répéter « quelle est votre question » et qui provoque sa colère par « le temps qui vous était imparti est terminé ! » Cette réaction disproportionnée n’est finalement qu’un besoin impérieux de… silence.
Ramenée au calme par son compagnon grâce à un vieil enregistrement de chauves-souris, la voilà qui rebondit à nouveau pour faire découvrir les sons aquatiques volés dans le bassin d’une fontaine.
Pourquoi la mer
Une envie profonde d’accaparer l’espace public tout en décalage et voilà que l’eau s’impose pour voguer sur des flots délirants. Quoi de plus normal que de choisir deux noms de poissons pour pousser l’absurde au-delà des frontières ? Lotte correspond à un nom Flamand qui colle bien à l’accent pris par les comédiens. C’est ainsi qu’est né un spectacle qui s’adapte aux lieux dans lesquels il se bonifie depuis trois ans de mi-avril à mi-octobre en Suisse et ailleurs.
Le silence
Pour Emilie : il permet d’accepter la lenteur et la non-action. Il est le berceau de l’inspiration. « Il révèle la qualité de l’écoute », enchérit Gérald.
Une utopie !
Même dans une chambre anéchoïque (conçue pour absorber toutes les ondes sonores ou électromagnétiques), deux sons rassurants perdurent, celui des battements de son cœur et de sa respiration !
Jean-Marc Montandon





Vue du nord vers le sud, du bas vers le haut de la Grande Rue
