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Les canicules, ce n’est pas si grave, il y en a toujours e...
Chroniques
3 juillet 2026

À vos questions

Les canicules, ce n’est pas si grave, il y en a toujours eu ! Vraiment ?

Le soleil, les baignades, les festivals, les vacances, toutes ces raisons d’aimer l’été. Mais pouvons-nous continuer à nous réjouir de ces chaleurs estivales quand elles deviennent si extrêmes qu’elles nous enferment chez nous pendant la journée et qu’elles nous empêchent de dormir ? Oui, mais il va falloir apprendre à s’y adapter et changer nos habitudes…

Il fait chaud, mais n’exagérons pas, il y a des pays où de telles températures sont juste normales…

Météo Suisse définit une alerte canicule dès lors que la température diurne moyenne est ≥ 25 °C pendant au moins trois jours consécutifs. Ce seuil de 25°C n’est pas un chiffre décidé au hasard, il représente la limite en dessus de laquelle, dans une zone donnée, la température de l’air entraîne de l’inconfort et un stress sur les écosystèmes. Ce seuil peut varier d’une région à une autre. En Espagne, par exemple, une température diurne moyenne de 25°C est beaucoup plus courante que chez nous, mais les modes de vie, traditions, infrastructures et écosystèmes de ces régions sont beaucoup plus adaptés aux grosses chaleurs. Néanmoins, les températures montant désormais au-delà des 40°C dans le Sud de l’Europe, ces pays demeurent les plus vulnérables face aux changements climatiques, notamment du fait des feux et des sécheresses.

Une canicule qui bat tous les records

Les canicules ont toujours existé, mais celle que nous vivons en ce moment est inédite. Elle est intense, particulièrement longue et elle s’inscrit dans un contexte où ce type d’évènements devient la nouvelle norme. Le fait qu’une canicule si intense ait lieu en juin est aussi un facteur aggravant, car les jours sont les plus longs durant cette saison et les heures de rafraîchissement nocturnes sont donc limitées.

Cette situation extrême s’explique par la présence d’un anticyclone (un dôme de chaleur) qui bloque l’air chaud du Sud sur nos latitudes et empêche l’air nordique plus frais de passer. Ce phénomène est amplifié par les changements climatiques qui réchauffent l’air, qui rendent les anticyclones plus fréquents et qui ont tendance à faire durer ces phénomènes de blocage atmosphérique. Cette situation peut être amplifiée par d’autres phénomènes météorologiques complexes, comme El Niño, un phénomène naturel cyclique qui perturbe la météo et le climat mondial et qui est, aujourd’hui également, intensifié par les changements climatiques (voir lecture du mois).

Cet été fait partie des plus frais du reste de notre vie

Nous entrons dans une nouvelle ère climatique où les étés caniculaires deviennent la nouvelle référence, avec des épisodes plus longs et des températures qui dépasseront les 40 degrés dans les années à venir.  Cela affecte et va continuer à affecter drastiquement notre bien-être, notre santé, notre écosystème, notre agriculture et plus généralement nos chaînes d’approvisionnement. Mais nous faisons partie des privilégiés qui avons encore la chance de pouvoir nous adapter tant bien que mal à ces changements, mais le temps presse.

Que faire pour limiter les dégâts ?

Dans ces périodes d’extrêmes chaleurs, les grands défis d’une région comme la nôtre sont de :

• Protéger la population en garantissant l’accès à des îlots de fraîcheur dans les villages, notamment autour des services essentiels (hôpitaux, homes, crèches, écoles, transports publics).

• Garantir un accès à l’eau potable, à l’alimentation et aux services de santé.

• Protéger et aider à l’adaptation des terres agricoles, des forêts et des sols.

• Développer des mesures pour protéger le bétail et la faune.

• Mais aussi inciter la population à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre, car il est toujours possible de limiter les dégâts et chaque tonne de CO2 compte…

De nombreuses études ont permis de mettre en avant les solutions les plus impactantes pour réduire les
conséquences des canicules et les conclusions sont claires, la végétation est notre meilleure alliée (voir image). Elle permet de diminuer les gaz à
effet de serre dans l’atmosphère et de limiter les îlots de chaleur. Ces dernières semaines, une campagne de mesures aux Pays-Bas a permis de démontrer qu’un arbre peut faire diminuer la température au sol jusqu’à 13 degrés.

Est-ce donc encore acceptable aujourd’hui de prioriser les places de parking asphaltées au centre des villages au lieu d’y planter ces ventilateurs naturels et peu coûteux que sont les arbres ?

Les canicules, grands témoins de l’injustice climatique

Les foyers les plus aisés, qui sont aussi en moyenne les plus responsables des changements climatiques en émettant plus de gaz à effet de serre, ont beaucoup plus de facilités à s’adapter aux canicules que les moins fortunés. Que ce soit au sein d’un village, d’un pays ou dans le monde en général. Il est donc plus que jamais essentiel de faire preuve de solidarité en ces périodes d’extrêmes climatiques en prenant soin de ses voisins, en prêtant son coin d’ombre ou son point d’eau ou en proposant ses services quand on le peut. Il faut aussi penser à utiliser l’eau comme une précieuse ressource et à consommer au maximum local en pensant notamment à nos agriculteurs qui ont souvent d’importantes pertes durant ces périodes de grosses chaleurs, soutenons-les.

On se sent parfois bien démunis et seuls au monde face à cette situation qui nous dépasse. On fustige les grands de ce monde qui font les autruches en se disant que quoi qu’on fasse, ça ne changera rien. C’est un sentiment bien légitime, mais laissons les grands de ce monde où ils sont et concentrons-nous sur ce que nous pouvons faire ensemble, à notre échelle pour continuer à bien vivre dans notre vallée. Alors plantons au lieu de consommer, pédalons (quand on le peut) au lieu de pomper, et garnissons généreusement nos assiettes des fruits et légumes de saison tant qu’ils sont là.  Et pourquoi ne pas lancer un collectif pour arborer et rafraîchir nos villages, pour vivre d’agréables étés conviviaux ensemble dans les années à venir ?

Lecture du mois

Pour un peu d’inspiration :

▶ Les pingouins ne sauveront pas la banquise de Mélusine Boon-Falleur, Éditions JC Lattès, 2026. Ce livre stimulant lève un à un nos obstacles psychologiques à l’action environnementale et identifie des outils simples, concrets, pour sortir de l’impasse. Nous disposons d’un immense arsenal de leviers pour enfin passer à l’action à l’échelle collective, donc il ne nous reste qu’à faire le premier pas.

Pour creuser le sujet :

Faut-il craindre un « super El Niño » en 2026 ? Les signaux s’accumulent, mais les incertitudes demeurent (article).

Les scénarios climatiques suisses CH2025 – Cette vidéo résume les messages clés sur les scénarios climatiques dans notre pays jusqu’en 2050 (vidéo).

N’hésitez pas à m’envoyer vos questions 

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