Réponse à la lettre ouverte d’Alain Stoller
La limite de Betz, formulée en 1919 par M. Betz, établit qu’une éolienne ne peut capter plus de 59,3% (16/27) de l’énergie cinétique du vent traversant son rotor. Cette limite est parfaitement connue et intégrée. Les meilleures éoliennes atteignent aujourd’hui 45 à 50% de rendement aérodynamique.
Le facteur de charge (20%) mentionné dans l’article paru dans le Courrier du Val-de-Travers hebdo du 26.02.2026 correspond à une hypothèse prudente ; il se situe factuellement entre 25 et 35% pour l’éolien terrestre sur la base de mesures réelles. Surtout, le facteur de charge n’est pas le pourcentage du temps qu’elle tourne, mais le pourcentage de sa production réelle par rapport à sa production maximale théorique. Ainsi, une éolienne terrestre produit de l’électricité environ 75 à 85% du temps, avec une puissance moyenne inférieure à sa puissance maximale. D’autres technologies admises, comme le photovoltaïque, présentent des facteurs de charge plus faibles (environ 13% en Suisse) et des limites théoriques d’efficacité inférieures (31% pour le silicium), sans que leur pertinence soit remise en cause.
La puissance du vent est proportionnelle au cube de sa vitesse, c’est correct. Ce n’est pas un « défaut » de l’éolien, mais une propriété fondamentale de l’énergie cinétique d’un fluide. Les éoliennes sont conçues pour fonctionner sur une plage de vitesse, avec des systèmes de régulation qui encadrent, stabilisent et régulent la production selon les contraintes du réseau.
L’intermittence est une critique standard des renouvelables, mais elle mérite d’être formulée correctement : l’éolien est variable mais pas imprévisible. Les gestionnaires de réseau équilibrent en permanence production et consommation grâce aux prévisions météo, aux marchés d’équilibrage, aux interconnexions, au stockage – notamment hydraulique – et au pilotage de la production et de la demande. À l’échelle d’un territoire et d’un mix diversifié, les fluctuations se compensent en partie : toutes les sources ne varient pas simultanément.
En résumé, la limite de Betz n’est pas un « handicap caché », mais un plafond physique connu et intégré. L’enjeu n’est pas de contourner les lois de la physique, ce qui serait impossible, mais d’intégrer rationnellement une ressource locale, renouvelable et faiblement carbonée, utile notamment en hiver, dans un système électrique diversifié. Afin de sortir des énergies fossiles et de gagner en souveraineté énergétique, il est nécessaire de produire chez nous et d’intégrer de multiples sources d’énergies complémentaires comme le vent, le soleil et la biomasse.
Jean Cattin, ingénieur en énergies, Planair SA



