Dépendance aux smartphones
À contre-courant de la société, il découvre le smartphone à la quarantaine entamée !
Un sondage réalisé en fin d’année 2024 en Suisse dévoile que près d’une personne sur deux montre des signes de dépendance « clairs à prononcés » envers leurs smartphones. Des spécialistes en « digital détox » proposent même aujourd’hui d’accompagner les gens pour se défaire de cette dépendance, un peu comme on le ferait pour d’autres addictions comme l’alcool ou la drogue. Rares sont ceux qui résistent à la pression sociale du smartphone. Pourtant, un Vallonnier a attendu d’avoir un âge avancé avant d’y céder (en partie). Il nous explique pourquoi !
Guillaume Mairy est un personnage bien connu de la vie du Val-de-Travers. Prof et membre de nombreux clubs sportifs et sociétés, cela ne l’a pas empêché de « gérer ses affaires » sans smartphone jusqu’à il y a peu de temps encore. Discret, l’homme a accepté de parler du sujet pour « ouvrir une réflexion et montrer notamment aux jeunes qu’il y a un monde autour d’eux lorsqu’ils lèvent les yeux de leurs écrans. » Comme la télé ou l’ordinateur avant lui, le smartphone a entraîné un tel bouleversement sociétal qu’il est difficile de le contrôler. Sans même parler de son côté pratique : « C’est quand même vrai que c’est un canal de diffusion simple et rapide pour informer un groupe », convient-il.
À mon époque, pour contacter quelqu’un, on allait simplement sonner à sa porte
C’est d’ailleurs en partie pour cette raison qu’il s’y est mis lui aussi : « C’est tout bête mais l’organisation de camps de ski est beaucoup plus simple à travers WhatsApp par exemple. C’est par respect pour mes interlocuteurs que je me suis rendu plus accessible à travers l’acquisition d’un smartphone. Avant cela, il était possible de me contacter par mail ou sur le téléphone fixe. Cela n’a jamais posé de problème vital. Et puis, à mon époque, il y avait tout bêtement ce qu’on appelle une sonnette. Pour contacter quelqu’un, on allait simplement sonner à sa porte. » Habitué à avoir des contacts avec Guillaume sans smartphone, notamment pour évoquer Chasseron-Buttes dont il est président, qu’elle ne fut pas ma surprise de le voir me répondre avec un smartphone. Il relativise néanmoins très vite cette « révolution » : « Je l’emporte très rarement avec moi. En général, je le regarde une fois à midi et une fois le soir. » Bien loin des plus de 2600 contacts quotidiens moyens entre un utilisateur et son « précieux ».
C’est une arme terriblement dangereuse
« Je ne suis pas urgentiste ni pompier – du moins je ne le suis plus –, je n’ai donc pas besoin d’être atteignable à la minute. » Anecdote amusante : lorsque les alertes par smartphone sont entrées en vigueur chez les pompiers volontaires, il était contacté sur son fixe. Cela a contribué à lui faire déposer l’uniforme. Surtout, c’est souvent son épouse qui servait de relais avant qu’il ait un smartphone et il s’est dit « que ce n’était pas à elle de gérer ça. » Finalement, la société pousse toujours plus à être connecté. « Payer les factures devenait de plus en plus compliqué sans e-banking notamment. Moi, j’ai toujours trouvé que le smartphone était intrusif mais je n’ai pas eu d’autre choix que de m’y mettre. Pourtant, je pense que c’est une arme terriblement dangereuse. »
Je fais quoi, je sors mon smartphone pour vérifier l’info ?
Le professeur du collège JJR voit donc d’un bon œil l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans en Australie et souligne « que les smartphones sont interdits depuis un moment au sein de l’établissement scolaire vallonnier. C’est un choix de responsabilité étant donné que la pollution engendrée par la production d’énergie nécessaire au fonctionnement des data centers dépasse celle du trafic aérien », argumente celui qui a débuté sa 31e rentrée. « J’ai aussi en tête l’initiative d’une ville irlandaise qui a interdit les smartphones à l’école et à la maison avant l’âge de 13 ans. Je crois que c’était en Irlande, il faudra vérifier. » Je fais quoi, je sors mon smartphone pour vérifier l’info ?
Kevin Vaucher








Sara Roulin et Clémentine Berger.