Portrait
Claude-André Montandon : 27 ans au chevet des forêts du Vallon
Après 40 ans de carrière, dont 27 au Vallon, le chef du service des forêts de Val-de-Travers, Claude-André Montandon, a pris sa retraite, le 1er janvier dernier. Portrait d’un passionné de nature qui a vu l’évolution des forêts et de son métier.
Lorsque nous rencontrons Claude-André Montandon, mi-décembre dernier, celui-ci est affairé à faire « ses » cartons et trier son bureau de Couvet, car le responsable du service des forêts de Val-de-Travers prendra sa retraite à partir du 1er janvier 2026. Et après vingt-sept années à veiller sur les forêts du Vallon, la masse accumulée de documents est importante. « À mon arrivée en 1997, nous étions six gardes forestiers. Aujourd’hui, nous sommes quatre, mais avec une augmentation des tâches », relate Claude-André Montandon en soulignant que la fusion des communes fut probablement le plus grand changement dans le fonctionnement de son travail. « Nous sommes passés de plusieurs petits propriétaires à un grand », note-t-il.
Un aspect essentiel pour le jeune retraité avec la fusion est la professionnalisation du Conseil communal, avec un chef de dicastère disponible en tout temps pour les questions dédiées. « J’ai senti un changement avec une nouvelle dynamique très motivante », relève Claude-André Montandon en soulignant aussi une bonne intégration des propriétaires privés dans les décisions. Selon lui, le service des forêts, huit personnes à l’heure actuelle, est d’une « taille parfaite ».
Premiers pas dans le Jura bernois
Natif du Locle, Claude-André Montandon avoue qu’il a, depuis sa jeunesse, « baigné » dans la forêt et que la nature l’a toujours passionné. « Grâce à un grand-père scieur au pied du Crêt-du-Locle, j’ai de nombreux souvenirs d’enfance marqués par le contact avec le bois et les odeurs de sciure », évoque-t-il, ajoutant qu’enfant il aidait « à la forêt ». Si aujourd’hui le garde forestier reconnaît que la sylviculture a toujours été « un objectif », il a d’abord suivi une école de commerce, ne sachant « pas trop quoi faire » à l’époque.
Néanmoins, l’appel des forêts se fait entendre. Après des études de forestier-bûcheron puis de garde forestier au début des années nonante, Claude-André Montandon part pour le Jura bernois pour une première expérience professionnelle. « Il n’y avait pas de place dans le canton de Neuchâtel. Mais travailler quatre ans pour un petit domaine était parfait pour se faire la main », explique-t-il en soulignant l’importance d’aller découvrir d’autres pratiques. En 1997, il postule pour une place au Val-de-Travers, « berceau de la forêt jardinée ». « Ce n’était pas un critère absolu, mais un plus. La forêt jardinée cela me parle. Ce modèle a 140 ans et a fait ses preuves », précise-t-il, ajoutant que la qualité de vie a aussi compté dans le choix du Val-de-Travers. « C’était une évidence de s’établir là où je travaille », note-t-il.
Défenseur de la forêt jardinée
Le modèle de la forêt jardinée, basé sur la pratique de « l’écrémage » et développé au Val-de-Travers depuis la fin du 19e siècle est pour le jeune retraité le « moins perturbé des modèles », alliant gestion économique avec du bois de qualité et capacité de restauration de la forêt. Une capacité qui sera importante pour les décennies à venir. « Les tempêtes rythment la vie des forestiers », relève Claude-André Montandon, en se souvenant de Lothar en 1999. « Mais le choc est plus grand avec le dépérissement des forêts en raison du réchauffement climatique ».
Le garde forestier cite en exemple la gelée des Bayards en 2021. « Les phénomènes s’additionnent », constate-t-il, en arguant que la forêt jardinée est un modèle « particulièrement résistant », car mélangé et étagé.
Un modèle qui peut inspirer d’autres gestionnaires de forêts selon Claude-André Montandon. « Plus une forêt est complexifiée plus elle est résistante », explique-t-il, en reconnaissant que les forêts se transforment. « Il y a un décalage vers le haut. La forêt du Littoral va venir au Val-de-Travers », avance-t-il, en soulignant que les forêts sont des « merveilleux indicateurs du dérèglement climatique ».
Passion pour la montagne
Si Claude-André Montandon a vu les forêts évoluer, les composantes de son métier ont aussi changé. « Désormais, la gestion forestière et du bois n’est seulement qu’une partie des activités. Nous avons aussi la fonction d’agent nature, un aspect intéressant qui a pris de l’importance avec le temps », évoque-t-il, ajoutant également des collaborations dans la protection contre des risques naturels par exemple. Une expérience de la forêt et de la nature que le garde forestier a aussi développée dans sa mission de ranger depuis quinze ans. « À 50 ans, j’ai senti l’envie d’un renouveau et complété mes compétences dans la gestion du public », détaille-t-il.
Selon ce dernier, les activités de la société dans la nature sont en augmentation et il est nécessaire de gérer cette pression. « Il faut essayer de faire cohabiter différents centres d’intérêt, entre l’économique, les loisirs et la nature », relève Claude-André Montandon. Expertise qui pourrait être assurément utile dans sa retraite. Membre du Club alpin suisse, il a l’envie de plus s’impliquer dans le gardiennage d’une cabane dans la région du Simplon et de faire plus de randonnées à l’avenir. « La montagne est ma deuxième passion. J’ai besoin de relief ! », conclut-il. Alors souhaitons-lui de belles randonnées
Gabriel Risold





