Art Môtiers
Édition des records, entre affluence et canicule
Il y avait des sourires, quelques regards fatigués et déjà de la nostalgie, dimanche soir, à Art Môtiers qui clôturait, au parc Girardier, trois mois d’art en plein air. 33’000 visiteurs et un record de fréquentation plus tard, l’heure est à la fête et au bilan.
« Il y a trois mois, on était anxieux. Est-ce que les visiteurs seraient au rendez-vous ? » Emil Margot, le nouveau président du comité d’organisation, s’est vite rassuré. Après quelques semaines caniculaires plutôt calmes, l’expo est partie… en orbite. « Ça a dépassé toutes nos attentes. Le monde entier est venu à Môtiers, dont un tiers d’outre-Sarine. »
œuvres officielles et art sauvage
Une expo exigeante, un art qui ne cherche pas à flatter le regard, mais à interroger. Déranger parfois. Emil Margot l’accorde : « l’Art contemporain a quelque chose de clivant. Chacun a son coup de cœur qui fait parfois la déception de son voisin. Mais le village se l’est approprié. Comme cet habitant qui a sorti son lave-linge hors d’usage et s’est amusé de le voir photographié par des dizaines de visiteurs. Il s’est pris au jeu et a étoffé son œuvre au fil du temps. »
Nostalgie aussi du côté des artistes qui ont développé des liens particuliers avec la région. Sandrine Pelletier, auteure de la remarquée Chimère à la cascade de Môtiers, a séjourné trois semaines au chalet du ski-club pour réfléchir et installer son œuvre. « J’ai très vite compris que j’étais invitée par cette région. Il y a eu des râleurs et des personnes à l’accueil admirable. Il y a une identité très forte ici. »
Quand l’art joue avec le climat
Sandrine Pelletier, comme d’autres artistes, a dû composer avec cet été assoiffé. « La première fois que j’ai visité la cascade, j’avais imaginé le fracas, la force de l’eau. Je voulais que le verre et le miroir dialoguent avec elle. »
Mais rapidement, la cascade s’est tue. Et, pour l’artiste, c’est à ce moment précis que son installation a pris tout son sens. « Ces 250 éclats de miroir ne reflétaient plus l’eau. Ils la remplaçaient. Ils sont devenus une chimère, un mirage. De loin, on croyait voir le ruissellement de la vie. De près, il n’y avait que du verre brisé. Comme un fantôme de la cascade, une cicatrice lumineuse sur la roche. »
À l’image de l’installation d’Emmanuel Mbessé et ses bouées échouées dans le lit de la rivière tari, l’expo est alors devenue le reflet d’un été hors du commun et d’une époque « où la beauté de la nature devient si fragile qu’il ne reste parfois que l’art pour s’en souvenir », conclut Sandrine Pelletier.
Et puis, vers 3 heures du matin, visiteurs et artistes sont repartis. La musique s’est tue, les lumières se sont éteintes. Doucement, Môtiers a retrouvé sa quiétude.
Esther Freiburghaus
Art Môtiers en chiffres
3 mois : durée de la manifestation
33’000 : visiteurs
33 : artistes et collectifs
64 : œuvres
4,7 : kilomètres (grand parcours)
200 : bénévoles








Sandrine Goedecke et Niska et Salomé Bovon et Léna
Daniel Huguenin-Dumittan, président de l’association de la Maison de l’Industrie (MADI) et sa nouvelle acquisition . © Mathieu Hofner