Maison de l’absinthe
Perrenoud alias Pernod à l’honneur de la nouvelle exposition
Depuis une semaine, la nouvelle exposition temporaire de la Maison de l’absinthe met en lumière Henry-Louis Perrenoud. Loclois d’origine, le Covasson d’adoption changera son nom en Pernod pour favoriser ses affaires et devenir une marque mondiale.
Pour célébrer le 250e anniversaire de sa naissance, la Maison de l’absinthe (MABS) à Môtiers a choisi de consacrer sa nouvelle exposition temporaire à une figure de l’histoire du divin breuvage : Henry-Louis Perrenoud. « Avec le recul, il était le Steve Jobs de son époque », relève Raphaël Gasser, directeur de la MABS, en soulignant son côté précurseur, novateur et sa fibre entrepreneuriale. Avec l’exposition « Pernod, naissance de l’apéritif », la MABS souhaite rendre hommage à l’œuvre de l’homme et de la société qu’il a fondée.
Né au Locle le 1er mars 1776, Henry-Louis Perrenoud, veuf, crée en 1802 une première fabrique d’absinthe avec son futur beau-frère en deuxièmes noces, Marcelin Dubied. Très vite, une machine se met en route. Henry-Louis vise le marché français et ouvre une distillerie, en 1804, à Pontarlier. L’année suivante, il décide de changer son nom de Perrenoud en Pernod, à des fins commerciales. « Plus français, plus simple à épeler, plus court et direct, presque comme un hashtag d’aujourd’hui », note Raphaël Gasser, en relevant son sens de la communication déjà à l’époque.
Invention d’une marque…et du pastis
Avec cette « marque » Pernod, « qui signe les bouteilles », souligne le directeur de la MABS, c’est une « success story » qui est lancée. Entre les sites de Couvet et surtout de Pontarlier, la production de l’entreprise atteint presque des niveaux industriels. Les « extraits d’absinthe » Pernod deviennent des « must » à l’internationale au cours du 19e siècle, slogans commerciaux et affiches à l’appui. Toutefois, arrivent les interdictions de la Fée verte, en 1910 en Suisse et 1915 en France.
Si en 1910, juste disparaît des étiquettes la mention de Couvet, la nouvelle législation française oblige les descendants du fondateur à se réinventer et élaborer une nouvelle recette d’apéritif anisé. Un tour de force qui donnera le pastis et ira jusqu’à une collaboration avec le principal concurrent de la marque, Ricard, dans les années 1970. « Nous aurions pu appeler cette exposition, naissance du pastis, mais pour garder de bonnes relations avec nos amis français et de Pontarlier, nous préférons parler d’apéritif », plaisante Raphaël Gasser.
Plusieurs pièces uniques
En treize tableaux, la MABS relate la passionnante histoire de Perrenoud devenu Pernod, de la distillerie de Couvet au sponsoring du Tour de France, et interroge, via des QR codes, sur ce qui fait l’origine, l’authenticité d’un produit et l’histoire d’une marque. L’exposition présente aussi au public certaines pièces uniques, comme une bouteille « fondue » dans l’incendie de l’usine à Pontarlier en 1901 et surtout une bouteille intacte, avec bouchon d’origine, datant de 1898, prêtée par un collectionneur bernois. « J’aimerais quand même bien goûter ce qu’il y a à l’intérieur », soupire avec malice Raphaël Gasser.
Quant à la flasque fondue, une autre histoire l’entoure. Lors de cet incendie, pour éviter le risque d’explosion des alambics, le contenu de ceux-ci fut déversé dans le Doubs. Troublée par les distillats, l’eau de la rivière aurait été bue par les pompiers, une fois le feu éteint. Et le trouble de l’eau aurait été aperçu dans la Loue, rivière de France voisine, également. Cette anecdote vous ne l’aurez pas à la MABS, mais toute l’histoire d’Henry-Louis Perrenoud, devenu Henri-Louis Pernod et de la marque mythique, oui ! L’exposition est à voir jusqu’au 7 mars 2027.
Gabriel Risold






